Unesco, Paris, le 3 juillet 2014

Ce programme de concours d’essais universitaires sur la Shoah, coorganisé par le Centre Simon Wiesenthal-Europe (CSW), l’association Verbe et Lumière-Vigilance (VLV) et le Centre de recherche et d’éducation sur l’Holocauste (Russian Holocaust Centre, RHC), invite chaque année cinq étudiants lauréats venus de tous les pays de l’ex-Union soviétique, pour présenter à l’Unesco les résultats de leurs recherches.

Les lauréats 2014, résidant à Moscou, Saint-Pétersbourg et Orel (Russie) et Vitebsk (Biélorussie), ont été sélectionnés parmi près de trois mille candidats.

Assistaient à la cérémonie les délégations auprès de l’Unesco de Russie, Biélorussie, Canada, Allemagne et Israël. Genc Seiti, directeur de la Division des commissions nationales et de la société civile de l’Unesco, a ouvert les débats. Il a félicité l’initiative des lauréats qui, tout à la fois, gardent vivante la mémoire de la Shoah en Russie, et contribuent au respect, à la tolérance et aux droits de l’homme dans le monde entier.

La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a expliqué que ce programme « devient une tradition à la signification contemporaine ». Elle a souligné que « la commémoration de l’Holocauste ne concerne pas que le passé mais qu’il s’agit aujourd’hui de la dignité humaine et de la lutte contre toutes les formes d’antisémitisme – même les plus sournoises ».

Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a évoqué le destin de sa famille à Treblinka et a ajouté que : « commémorer les victimes juives est un devoir. Pour l’Unesco, c’est défendre les valeurs humaines. L’Europe, où la Shoah a été perpétrée, est le continent où, aujourd’hui, l’antisémitisme est en recrudescence. Les partisans d’extrême gauche du BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) sont de facto des antisémites, alors que la Chine, la Russie, le Qatar ne subissent pas de boycott – seulement Israël… En France, plusieurs milliers de musulmans se sont convertis au djihadisme. Ce sont des bombes à retardement qui viseront les Juifs, mais pas seulement. »

La rabbine française Pauline Bebe, fille de rescapés, a présenté trois propositions de commémorations de la Shoah :

a) À l’heure où les témoins s’éteignent et où la Shoah se raconte dans les livres d’Histoire, sa mémoire doit se muer en vigilance contre tout germe de totalitarisme.

b) Il faut surveiller les traumatismes transmis aux petits-enfants des rescapés par une aide psychologique.

c) La définition qu’Edmond Fleg donne de sa judaïté dans son Pourquoi je suis juif peut servir de feuille de route pour transformer la mémoire du passé en promesse pour l’avenir.

Ilya Altman, coprésident du RHC, s’est entretenu de l’applicabilité universelle des recherches sur la Shoah : « Si ce n’était pas le cas, pourquoi des intellectuels, journalistes et politiciens français viendraient-ils à l’Unesco depuis voilà dix ans pour entendre parler d’essais russes ? » Il a indiqué que, « chaque année, les lauréats sont jugés et sélectionnés par les lauréats précédents sous le libellé : ‘‘La mémoire de la Shoah en tant que voie de la tolérance’’ ». Il a considéré son travail comme un paradigme qui se reflète dans le dixième anniversaire du siège de l’école de Beslan, en Ossétie du Nord, dont les préparatifs sont en cours : « le meurtre d’enfants, où que ce soit, est aussi à l’image de la Shoah. »

M. Altman a ensuite présenté les lauréats, qui ont chacun résumé leur thèse :

- Yuliya Bakhir, Vitebsk, Biélorussie, sur une « Historiographie de l’Holocauste en Biélorussie »

- Aleksander Nekrasov, faculté de droit de l’université d’État d’Orel, sur « Interdire le négationnisme – une formule modèle »

- Yuliia Fastovskaya, Université humanitaire d’État de Moscou, sur « L’élimination de l’élite intellectuelle dans la société soviétique durant la Shoah – l’exemple de la psychiatre Sabina Spielrein »

- Yuliia Sinelnik, faculté des Beaux-Arts de l’Université pédagogique d’État de Saint-Pétersbourg, sur « Les symboles artistiques de la Shoah »

- Irina Vasilyva, Université d’État de Saint-Pétersbourg, sur « Une expérience personnelle : comment préserver la mémoire de la Shoah auprès des élèves ».

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De gauche à droite : S. Samuels (CSW), I. Altman (RHC), A. Nekrasov
et Y. Fastovskaya (lauréats), Irina Bokova (Unesco), Y. Bakhir
et I. Vasilyva (lauréates), Alla Gerber (RHC), Y. Sinelnik (lauréate).

Alla Gerber, coprésidente du RHC et députée de la Douma (la Chambre basse du Parlement de Russie), a fait état de partis politiques « dont les noms contiennent les mots ‘‘russe’’, ‘‘slave’’ ou ‘‘patrie’’ et qui exhortent à la xénophobie, que ce soit contre les Noirs, les Jaunes ou ceux qui sont différents. Tous ces partis sont, à la base, antisémites. Des partis ouvertement nazis ont fait leur apparition. L’année dernière, 27 personnes ont été tuées, 178 blessées, 94 menacées par divers groupes nationalistes de la Fédération de Russie… Grâce à ce projet, tant de jeunes gens non juifs nous ont rejoints pour perpétuer la mémoire de la Shoah ! ».

Alexandre Kaplan, membre du conseil d’administration de VLV et rescapé lituanien de la Shoah, a expliqué son travail dans la Lituanie post-soviétique, où la Shoah est déformée ou méconnue.

Le président du Centre Simon Wiesenthal-France, Richard Odier, a remercié la directrice générale de l’Unesco pour son soutien dans la lutte contre l’oubli et contre l’antisémitisme. Il a fait appel aux lauréats pour qu’ils demeurent actifs contre le génocide perpétré aujourd’hui au Soudan et contre les atrocités commises au Nigéria, et pour qu’ils ajoutent à leurs tablettes les noms des trois jeunes Israéliens assassinés.

Le directeur des Relations internationales du CSW, Shimon Samuels, a remercié l’Unesco et sa conseillère spéciale, Graciela Samuels, d’avoir conçu cet événement. Il a ajouté que « notre première réunion, en 2004, s’était appuyée sur vingt-sept essais. Nous en sommes à notre dixième édition, pour laquelle nous en avons reçu presque trois mille. C’est ainsi que nous totalisons cinquante lauréats, sélectionnés sur plus de onze mille essais ».

Il a proposé que « l’Unesco publie ces cinquante essais ainsi que les messages des intervenants invités chaque année ». La directrice générale a chaleureusement approuvé cette initiative.

M. Samuels a conclu cette réunion en félicitant Alla Gerber et Ilya Altman « pour avoir créé une nouvelle génération à travers l’ex-Union soviétique de quelque onze mille messagers qui militent pour propager la tolérance et éradiquer l’extrémisme. Que leurs efforts connaissent d’année en année un essor exponentiel ».

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De gauche à droite : le chef de mission adjoint d’Israël, G. Samuels (Unesco), le chef de mission
adjoint du Canada, les cinq lauréats russes, la rabbine Pauline Bebe, I. Bokova (Unesco),
l’ambassadeur d’Israël N. Barkan, A. Gerber (RHC), R. Odier (CSW), Roger Cukierman (CRIF),
I. Altman (RHC), le chef de mission adjoint de Biélorussie, S. Samuels (CSW), les chefs de mission
adjoints de Russie et d’Allemagne, A. Kaplan (VLV), I. Altman (RHC).