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Paris, le 16 octobre 2022

Monsieur Philippe Martinez,

Nombre des six cent cinquante mille adhérents de la CGT (Confédération générale du travail) auront peine à croire que vous puissiez abandonner des négociations cruciales sur les droits syndicaux à Paris pour aller avec une délégation de la CGT rendre hommage au mausolée tape-à-l’œil de Yasser Arafat à Ramallah.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, votre confédération a été interdite par Vichy, et beaucoup de ses adhérents ont servi dans la Résistance. En 1945, Léon Jouhaux est revenu d’un camp de concentration allemand pour reconstruire une CGT d’après-guerre, avec le soutien de l’American Federation of Labor, la Fédération américaine du travail. Il a contribué à la création de la Confédération internationale des syndicats libres. En 1951, il a reçu le prix Nobel de la paix.

Monsieur Martinez, vous pouvez difficilement vous couler dans son costume.

En 1936, les syndicats britanniques se sont dressés contre l’Union britannique des fascistes d’Oswald Mosley. Son service d’ordre militarisé, les « Chemises noires », a été envoyé dans l’East End de Londres, un quartier à forte densité de population juive. Les forces de police, complices, l’y ont escorté. Des contre-manifestants antifascistes, principalement des travailleurs juifs syndicalisés, les attendaient. La bataille de Cable Street est commémorée par une plaque portant l’inscription « They Shall Not Pass » (« Ils ne passeront pas »).

Mon grand-oncle, Simon, apportait toujours aux événements familiaux le butin de cette bataille : une chemise noire déchirée et un casque de police cabossé. Il nous racontait comment son syndicat des tailleurs avait « donné un coup pied aux fesses de ces salopards de fascistes ! ».

Monsieur Martinez, auriez-vous eu un tel courage ? Mais bien entendu, dans votre interview télévisée héroïque, vous affirmez : « J’ai dû échapper aux balles israéliennes à Naplouse ! » Alors qu’en réalité, vous avez simplement passé un contrôle de sécurité militaire sur l’une des routes entre cette ville de Cisjordanie et Israël !

Néanmoins, il semblerait que vous vous êtes bien arrêté à la boutique hors taxes de l’aéroport Ben-Gourion. Ceci prouve au moins que vous êtes contre la campagne BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) qui épingle Israël.

La Histadrout, la Fédération générale des travailleurs de la Terre d’Israël, fondée et dirigée par David Ben Gourion de 1921 à 1935, organise régulièrement des programmes sur le mode de vie des kibboutz, la recherche et le développement de haute technologie, la réhabilitation des travailleurs, etc.

La semaine dernière, ce syndicat a participé au cinquième congrès de la Fédération internationale des travailleurs du bois et du bâtiment, à Madrid. Parmi les sujets de discussion à l’ordre du jour, la Histadrout a proposé :
- la protection des droits des travailleurs palestiniens de la construction et de l’hôtellerie ;
- l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes ;
- la construction d’un avenir juste et sûr et la mondialisation des droits des travailleurs...

Monsieur Martinez, de retour à Paris, vos adhérents ont considéré votre « escapade » à Ramallah et à Naplouse comme un manque de responsabilité envers votre engagement dans votre propre pays.

Peut-être qu’au cours d’une prochaine visite en Israël, en tant que simple citoyen, vous vous rendrez sur la tombe, moins prétentieuse, de Ben Gourion, dans le désert du Néguev. Vous y découvrirez peut-être qu’il était beaucoup plus syndicaliste que Yasser Arafat.

Reconnaissant les mêmes droits aux Juifs et aux Arabes, Ben Gourion a également rappelé à nous tous que « c’est notre terre ancestrale ; ce n’est pas en tant qu’oiseaux de passage que nous y retournons ».

Dr Shimon Samuels
Directeur des Relations internationales
Centre Simon Wiesenthal

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Pour plus d’informations, contactez Shimon Samuels àcsweurope@gmail.com
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