Article de Shimon Samuels publié en anglais dans The Times of Israel
le 28 janvier 2021

https://blogs.timesofisrael.com/wiesenthal-centre-and-the-1980-copernic-synagogue-in-paris-bombing/

En 1980, j’étais venu à Paris avec l’objectif grandiose de juguler l’antisémitisme. Je n’avais pas mesuré l’ampleur de la tâche.

Le 3 octobre de cette année, à la veille de Souccot (la fête des Tabernacles), je rendais visite à une journaliste israélienne, Tamar Cohen. Elle accueillait chez elle Aliza Shagrir, l’épouse de feu le cinéaste Micha Shagrir, fraîchement arrivée d’Israël. Aliza avait demandé à son hôtesse si elle avait besoin de quelque chose pour le dîner. Tamar lui avait suggéré quelques dattes du petit magasin de fruits situé à 300 mètres de là, en face de la synagogue Copernic. Nous sommes descendus ensemble dans la rue. Aliza a tourné rue Copernic, moi j’ai continué mon chemin tout droit. J’ai senti l’onde de choc de la bombe où Aliza a rencontré sa mort.

Le lendemain, le Premier ministre Raymond Barre déclarait : « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. » En fait, l’une des victimes était un concierge portugais, un autre un fidèle de la synagogue, outre Aliza et un « Français innocent ». En 2007, Barre a attribué les manifestations qui s’en sont suivies à une campagne du « lobby juif ».

L’attaque terroriste de Copernic a initié soixante-treize fusillades et attentats à la bombe contre des cibles juives en Europe occidentale, dont vingt-neuf en France. Cette vague s’est achevée avec le massacre du restaurant Jo Goldenberg en 1982, dans le quartier juif de Paris. D’ailleurs, la récente demande d’extradition de la France à la Norvège pour l’un des auteurs présumés de cet attentat vient d’être autorisée.

La vague de violence s’est arrêtée en raison de l’incursion d’Israël dans le Sud-Liban, pour détruire les camps d’entraînement des terroristes palestiniens. Les terroristes européens ont fui vers leurs pays d’origine, où ils ont cessé de cibler les Juifs. Ils avaient besoin d’argent et ils ont attaqué des banques et des ambassades. Les autorités les ont réprimés, confirmant la maxime de Simon Wiesenthal : « Ce qui commence avec les Juifs ne finit jamais avec eux. »

Le gouvernement français a tenté d’attribuer l’attentat de Copernic à l’extrême droite. Mais nous savions mieux : les empreintes digitales de membres du Front populaire de libération de la Palestine ou de ses dérivés en faisaient des coupables plus probables.

En novembre 2010, j’étais parti à Ottawa pour assister à la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme (Cila). J’y ai lu dans un journal qu’un suspect de l’attentat, Hassan Diab – professeur de sociologie à l’université Carlton –, se trouvait en procédure judiciaire à quelque six pâtés de maisons de là, pour une demande d’extradition qui devait le renvoyer à Paris pour y être jugé. Le tribunal était rempli de femmes voilées et d’hommes coiffés du keffieh palestinien... L’ambiance était plus celle d’un procès contre Israël.

Nous avons assisté à cette longue procédure d’extradition – qui, entre démocraties, dure normalement quelques semaines , jusqu’à ce que Diab soit ramené en France, en 2014... En 2018, il a été remis en liberté : la Cour française a rejeté toutes les accusations, malgré une procédure d’appel.

Son passeport aurait été confisqué et il faisait l’objet d’une ordonnance d’interdiction de vol. Pourtant, sa disparition a pris fin lorsque des photos de lui avec sa famille à Ottawa ont été divulguées. Des politiciens français, qui devaient être au courant de l’affaire, ont été approchés par notre Centre. Ils se sont refusés à tout commentaire.

Diab a réclamé au gouvernement canadien 90 millions de dollars de dommages et intérêts. Un autre tribunal français a demandé un nouveau procès, soit après une deuxième extradition, soit pour une procédure par contumace.

La balle est maintenant retournée dans le camp du gouvernement canadien qui, apparemment, ne compte agir que si la Cour suprême française demande le retour de Diab.

Dernier point mais non le moindre, après quarante ans d’attente, les familles des victimes et les blessés de Copernic ne peuvent toujours pas faire leur deuil… « Justice différée équivaut clairement à justice refusée. »