Éditorial de Shimon Samuels paru en anglais dans The Times of Israel
le 17 avril 2015
sous le titre
 : « Nuremberg Betrayed: ISIS and the International Criminal Court »
http://blogs.timesofisrael.com/nuremberg-betrayed-isis-and-the-international-criminal-court/

Coïncidant avec cette 70e Journée de la Shoah (Yom HaShoah), la déclaration de Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale (CPI) – « … Je suis parvenue à la conclusion que la base juridictionnelle pour ouvrir une procédure préliminaire dans cette situation [les crimes du groupe État islamique] est trop étroite à ce stade » – est une trahison de l'ambition première de la CPI : perpétuer l'exemple historique du tribunal de Nuremberg en 1945-46.

Cette cour avait condamné le parti national-socialiste dans son ensemble en tant qu'organisation terroriste, et ce jugement avait servi de base à la politique de dénazification que les Alliées occidentaux allaient adopter, bien que cette décision ait ensuite été abandonnée avec le début de la guerre froide.

De nos jours, on appelle ce genre de programme « déradicalisation ». Et en effet, jusqu'en 1933, les nazis n'étaient pas moins des organisations terroristes que ne le sont aujourd'hui le groupe État islamique et ses acolytes de la société« incivile » : Al-Qaïda, Hezbollah, Hamas et Al-Shabaab.

Les « États voyous » qui financent et arment ces mouvements – pour les nommer, l'Iran et le Qatar – n'ont jamais signé ni ratifié les statuts de la CPI. L'Iran prétend que ce texte entre en conflit avec la charia en ce qu'il criminalise la torture ; le Qatar proteste contre le mandat d'arrêt prononcé par la Cour contre Omar Bashir, président du Soudan et génocidaire du Darfour.

En 2004, le Centre Wiesenthal avait commandé un projet de convention sur les attentats-suicides – les plus coûteux en vies humaines et, aujourd'hui, ceux qui prévalent dans le terrorisme islamique fratricide. Cette convention établissait une chaîne alimentaire de la terreur : endoctrinement, recrutement, protection, armement, entraînement, glorification et élévation des kamikazes assassins au rang de martyrs. Tous les maillons de cette chaîne devaient être considérés comme des complices.

La convention avait été approuvée par le pape Jean Paul II et considérée avec enthousiasme par le ministre des Affaires étrangères espagnol de l'époque, Miguel Moratinos, et par le président élu de Turquie, Abdullah Gül, au motif que « si une personne est appelée terroriste par l'un, l'autre la considérera comme un combattant de la liberté ». Leur soutien fut hélas de courte durée. Mais la convention fut finalement adoptée en tant que motion par le Parlement australien, après que l'Indonésie eut relâché le kamikaze de Bali, qui avait frappé principalement des touristes australiens. Cette même convention, sous une forme modifiée, fut validée par le Parlement latino-américain (Parlatino), qui siégeait alors à San Paulo (Brésil).

Il s'agissait de mettre en cause les individus impliqués dans la chaîne de la terreur afin qu'Interpol, eu égard à sa collaboration passée avec Simon Wiesenthal, puisse dorénavant fournir des mandats d'arrêt internationaux et surveiller les mouvements de ces individus. Tel fut le cas en Argentine, en 1994, lors du massacre du centre juif, qui avait impliqué six suspects iraniens et un libanais (décédé depuis), membres du Hezbollah.

Que la CPI se soit politisée depuis n'a fait qu'ajouter à la vacuité de l'expression « plus jamais ça », vacuité accentuée par les répercussions politiques et financières qui pourraient se cacher derrière la crainte d'un nouveau génocide.

Paradoxalement, lors des préparatifs du Statut de Rome de la CPI, en 2002, nous nous étions sentis confortés par le fait que, enfin, une juridiction entérinait le principe que tout génocide ne serait plus sujet à prescription.

Des 194 membres des Nations unies, plus d'un tiers ne font pas partie des États membres de la CPI. Parmi ceux-ci, pour différentes raisons : les États-Unis, Israël, tous les États arabes/musulmans à l'exception de la Jordanie et, maintenant, l'acceptation anormale de la « Palestine ».

Les mouvements terroristes sont les bénéficiaires des « États donateurs » (qui ne font pas partie de la CPI) et des « États fournisseurs » (qui, eux, en font bien partie).

Pour avoir « sciemment » versé des fonds au Hamas, la Jordanian Arab Bank s'est vue condamner par une cour new-yorkaise à verser des indemnités aux survivants et aux familles des victimes de ce mouvement. C'est aussi une grande victoire pour l'évolution de la jurisprudence en matière de droits de l'homme sur la responsabilité pénale et les sanctions prévues contre le terrorisme. De tels recours peuvent aussi être envisagés dans les cas de poursuites contre le vol d'objets antiques et, en particulier, de destruction de sites patrimoniaux.

Les « États fournisseurs », bien que contre leur gré, sont les pays occidentaux : c'est sur leur sol que l'EI et ses semblables recrutent. La procureure de la CPI, dans sa décision, laisse entendre que ces États parties pourraient faire l'objet de poursuites dans le cadre de ses compétences.

Si, au début des années 1930, les démocraties occidentales avaient prohibé tout contact avec le national-socialisme, la guerre et la Shoah n'auraient peut-être pas eu lieu.

Une porte nous reste encore ouverte pour prohiber le financement, le recrutement, l'armement, la glorification des héritiers du nazisme. Il nous faut redoubler d'efforts pour isoler et mettre en quarantaine cette épidémie djihadiste, pour qu'un nouveau Nuremberg ne soit pas utile au terme de cet épisode de l'Histoire – bien que, comme nous devrions déjà le savoir, il n'y aura jamais de fin définitive.

Un court entretien audio de l'auteur sur l'EI avec BBC Newsday est disponible en anglais en suivant le lien :
http://cdn.timesofisrael.com/blogs/uploads/2015/04/Samuels-6.mp3.