Paris, le 10 septembre 2022

Né et élevé au Royaume-Uni et en tant que directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, la dimension juive/israélienne des trois transitions dramatiques qui se sont produites au cours des trois derniers jours m’interpelle :

1) La Grande-Bretagne a un nouveau Premier ministre ;
2) Nous avons perdu notre reine, que j’avais vue en 1953 depuis la fenêtre de mes beaux-parents lorsqu’elle se rendait à Londres pour son couronnement ;
3) Le Royaume-Uni a un nouveau roi.

1) La nouvelle Première ministre, Liz Truss, a tout dit en deux mots : « Je serais disposée à transférer l’ambassade du Royaume-Uni de Tel-Aviv à Jérusalem. »

Et, plus loin : « Je veux voir le fléau de l’antisémitisme éradiqué. Cela signifie qu’il faut le chasser de notre culture, en commençant par les écoles. » Un écho de la volonté de David Cameron, alors Premier ministre, d’éradiquer avec la même fermeté l’antisémitisme des manuels scolaires – à la suite de nos observations, en 2014.

Stephen Pollard, ancien rédacteur en chef du journal juif basé à Londres The Jewish Chronicle, cite la nouvelle Première ministre : « Nous ne pouvons pas permettre à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire... » Et, en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères : « Nous contestons la stigmatisation d’Israël à l’ONU... La Grande-Bretagne a voté avec Israël... Des organes comme le Conseil des droits de l’homme ont été utilisés pour colporter un programme spécifique, qui contient franchement de forts éléments d’antisémitisme. »

2) Nous pleurons la disparition de la reine Elizabeth II. Elle était aimée de la communauté juive britannique et proche d’elle, en particulier de Jonathan Sacks, feu le Grand Rabbin de Grande-Bretagne et du Commonwealth. Elle a soutenu les commémorations et les journées du souvenir de la Shoah au Royaume-Uni, et exprimé sa compassion pour les survivants de l’Holocauste.

Jeune princesse, elle a conduit une ambulance militaire sous le blitz allemand et, avec sa famille, refusé l’asile au Canada jusqu’à la fin de la guerre. En 2015, alors qu’elle visitait l’Allemagne, la reine a été conduite sur le site du camp de concentration de Bergen-Belsen pour marquer sa libération par la 11e division blindée britannique, en avril 1945.

Malgré l’apparat des visites royales officielles, la reine, sous la politique du ministère britannique des Affaires étrangères, n’avait jamais visité Israël, tandis que l’Arabie saoudite, la Jordanie et les Émirats arabes unis étaient à l’ordre du jour.

Son défunt mari, le prince consort Philip, duc d’Édimbourg, s’est rendu en visite non officielle sur la tombe de sa mère, la princesse Alice de Battenberg, en l’église Sainte-Marie-Madeleine de Jérusalem, sur le mont des Oliviers. En tant que religieuse, celle-ci avait sauvé une famille juive de la rafle nazie en Grèce, fait pour lequel elle avait reçu le titre de Juste parmi les nations.

3) En mai de cette année, le prince Charles a pris la place de sa mère pour lire le discours annuel de la reine devant le « Parlement ouvert ». À cette occasion, il a inclus un appel à « une législation qui interdirait les boycotts qui ébranlent la cohésion communautaire ». Appel qui pourrait être interprété comme un projet de loi contre BDS – la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions épinglant Israël.

Un autre exemple de la position pro-juive/israélienne de Charles s’est avéré lorsqu’il a accepté de donner un discours au Forum sur l’Holocauste à Yad Vashem, en janvier 2020. J’y avais assisté, et j’ai été captivé par l’avertissement que le Prince lançait aux dirigeants de ce monde sur « la haine et l’intolérance qui rôdent encore ». Il a ensuite suivi les traces de son père, le prince Philip, et de son fils William : ils se sont chacun rendus individuellement à Jérusalem sur la tombe de la princesse Alice de Battenberg.

Le prince Charles s’était rendu « officieusement » en Israël à deux autres occasions : aux funérailles d’Yitzhak Rabin en 1995, après son assassinat, et à celles de Shimon Peres en 2016.

Si l’ambiguïté persiste, nous demanderons instamment au ministère britannique des Affaires étrangères – après le couronnement du prince Charles et dans l’esprit des accords d’Abraham – de lever son refus « officieux » de visite afin que le monarque et sa famille royale puissent être « officiellement » reçus en Israël.

Vive le roi !

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