Article de Shimon Samuels et Ariel Gelblung publié en anglais dans The Jerusalem Post
le 19 juin 2022
https://www.jpost.com/opinion/article-709855

À l’approche du 28e anniversaire de l’attentat à la bombe du centre juif Amia à Buenos Aires

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Shimon Samuels (à droite) et feu le procureur Alberto Nisman. Le diagramme explique
le
réseau terroriste iranien en Amérique du Sud (photo Centre Simon Wiesenthal).

En juin 2019, 73 tonnes d’or en provenance du Venezuela ont été expédiées au Moyen-Orient. Selon les rapports d’enquêtes du Centre Simon Wiesenthal, les lingots contenaient du Zahngold l’or des obturations de dents arrachées aux cadavres juifs de la Shoah avant que leurs corps ne soient transportés des chambres à gaz aux fours crématoires.

Les lingots d’or en question auraient été envoyés depuis l’Allemagne d’après-guerre, à travers plusieurs ports sud-américains, pour être acheminés vers l’Argentine afin de soutenir Odessa, le réseau présumé de fugitifs nazis déterminés à « construire un IVe Reich ».

D’après un article du Wall Street Journal de 2019, l’or qui avait été conservé à Caracas a été utilisé par le président vénézuélien Nicolàs Maduro pour les besoins urgents de son régime, en pénurie de devises. Escale supposée avant la destination finale de l’or – le Moyen-Orient –, l’usine African Gold Refinery (AGR) d’Entebbe, en Ouganda, aurait traité les lingots pour que disparaisse toute trace de leur origine.

Sur une autre voie, l’Isla Margarita – un paradis des Caraïbes juste au large des côtes vénézuéliennes – était devenue un terrain de jeu familial pour les Arabes, mais aussi un refuge sûr pour les camps d’entraînement des milices paramilitaires.

Il a également été avancé que l’Iran avait l’intention de vendre des roquettes Fajr au Venezuela – capables de mettre en danger la Colombie et les Caraïbes toutes proches – puis de renchérir avec un lot de missiles antiaériens et à plus longue portée qui pourraient à terme menacer le trafic aérien de la région et, potentiellement, atteindre la Floride. L’accord aurait été conclu en échange d’uranium vénézuélien, dont l’Iran a besoin pour alimenter son programme nucléaire.

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Le président vénézuélien Maduro touche un lingot d’or tandis qu’il prend la parole lors d’une réunion
avec ses ministres responsables du secteur économique, à Caracas (photo Marco Bello / Reuters).

Sous les présidences de Chàvez puis de Maduro, des vagues croissantes de migrants et de réfugiés ont fui le Venezuela vers les pays voisins. La communauté juive locale, bien que considérablement réduite en taille, est toujours victime de harcèlement antisémite.

Il y a peu de temps, Téhéran a signé avec Caracas un accord : l’Iran fournit au Venezuela du pétrole raffiné – car ce dernier, riche en pétrole brut, dispose d’une infrastructure en raffineries dysfonctionnelle. S’en est suivie, la semaine dernière, la visite de Maduro à Téhéran. Ce nouvel accord, d’une durée de vingt ans, comprend une coopération dans les domaines de l’énergie et de l’industrie pétrochimique, du tourisme et des échanges culturels, et un contrat de défense visant à contourner les sanctions américaines imposées aux deux pays.

Les vols réguliers entre Téhéran et Caracas, apparemment anodins, sont également d’une grande importance.

Le regretté Alberto Nisman, le procureur argentin chargé de l’attentat à la bombe de l’Amia (Association mutuelle israélite argentine) perpétré en juillet 1994, avait révélé la complicité de l’Iran dans cette affaire. Cette attaque terroriste avait coûté la vie à 85 personnes et laissé plus de 300 blessés.

En 2015, Nisman a été retrouvé mort dans son appartement, quelques heures seulement avant qu’il ne présentât des preuves accusant la présidente de l’époque, Cristina Kirchner, d’avoir occulté et dissimulé l’implication de l’Iran dans l’attentat.

Nous considérons Nisman comme la 86e victime.
Lors d’un dîner en 2015 à Londres, quelques semaines avant son assassinat, il nous avait montré les preuves de l’existence d’un réseau iranien opérant à travers l’Amérique du Sud – y compris des cellules dormantes du Renseignement étranger de la Force Al-Qods (les forces spéciales du Corps des Gardiens de la révolution islamique) –, ainsi que de la présence de membres du Hezbollah. Depuis lors, ce réseau a considérablement augmenté en taille, devenant l’objet d’une plus grande attention des médias et des gouvernements à travers les Amériques.

En 2013, le gouvernement argentin avait signé un mémorandum avec l’Iran, qui aurait disculpé six suspects de l’attentat à la bombe du centre Amia.

À la suite d’informations fournies par le Centre Simon Wiesenthal, Interpol avait lancé des « notices rouges » (mandats d’arrêt internationaux) contre ces suspects iraniens voyageant à l’étranger, afin qu’ils soient détenus et extradés pour être jugés à Buenos Aires. Le Investigative Project on Terrorism (Projet d’enquête sur le terrorisme) a depuis découvert des vols iraniens d’« aéroterroristes » à travers l’Amérique latine.

Le ministre argentin de la Sécurité, Anibal Fernandez, ami de longue date du Centre Wiesenthal, a arrêté un avion vénézuélien et détenu les passeports de cinq Iraniens de la division du renseignement du Corps des Gardiens de la révolution islamique. L’un d’eux était agent de liaison avec le Hezbollah, groupe maintenant solidement enraciné à travers le continent. Un autre est un parent de l’actuel ministre iranien de l’Intérieur Ahmad Vahidi, qui est l’une des six personnes recherchées par Interpol pour l’attentat à la bombe de l’Amia.

Les pays d’Amérique latine doivent être vigilants face au terrorisme iranien, à l’approche du 28e anniversaire du massacre du centre Amia. 

Shimon Samuels est directeur des Relations internationales et Ariel Gelblung est directeur pour l’Amérique latine au Centre Simon Wiesenthal.