Paris, le 14 juin 2020

Jeudi dernier, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui contrôle les décisions de justice des États de l’Union, annulait la décision de la Cour de cassation française rendue en 2015 qui confirmait la condamnation de onze militants de la campagne BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) contre l’État d’Israël.

La France considère le mouvement BDS comme incitant à l’antisémitisme. Mais la CEDH a estimé que la condamnation de ces militants violait leur « liberté d’expression ».

En 2010, le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, Shimon Samuels, avait assisté à des scènes de pillage perpétrées par des hooligans BDS qui envahissaient les supermarchés. Ils remplissaient leurs caddies de produits casher et terrorisaient les caissières en se précipitant vers la sortie pour mettre le feu à leur butin. Ces actions rappellent les sinistres attaques contre les magasins juifs survenues en Allemagne et dans Paris occupé sous Vichy pendant la période nazie. L’appel au « Boycott, désinvestissement et sanctions » est aujourd’hui le descendant direct du Kauft nicht bei Juden (N’achetez pas chez les Juifs).

Les attaques contre les rayons casher (outre le saccage des produits israéliens) font en France l’objet de sanctions. M. Samuels avait divulgué ces informations dans un article de la collection « Anti-Judaism, Antisemitism and Delegitimizing Israel » publié en 2016 par feu Robert Wistrich aux éditions University of Nebraska Press.

En 2003, le Centre avait applaudi la loi Lellouche visant à aggraver les peines punissant les infractions à caractère raciste et antisémite, loi qui s’applique aux affaires BDS.

En 2013, le Quai d’Orsay avait renforcé cette définition : l’appel au boycott d’Israël fut bien considéré comme illégal en France. Plusieurs décisions de la Cour de cassation confirmèrent que l’appel au boycott enfreint la loi et constitue une incitation à la discrimination ou à la haine à raison de l’origine ou de l’appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

« Cette même Cour de cassation a respecté mon appel, après quatre ans de procédures, pour diffamation intentée à mon encontre par le Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP). Depuis, l’adoption, d’abord par le Parlement européen puis par le Parlement français, de la définition de l’antisémitisme donnée par l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) inclut aussi la campagne BDS », précise Shimon Samuels.

Le Centre Wiesenthal prie instamment la ministre française de la Justice de faire appel de la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, au motif d’avoir ouvert les vannes à des boycotts de type nazi contre les produits israéliens autant que ceux de la diaspora juive et ce, sur l’ensemble du continent.