Éditorial de Shimon Samuels et Alex Uberti publié en anglais dans The Jerusalem Post
le 18 novembre 2021
https://www.jpost.com/opinion/is-the-star-of-italy-decorating-the-glory-of-palestinian-terror-opinion-685429

Le déficit éducatif des Palestiniens est un obstacle persistant à toute forme de dialogue avec leurs voisins israéliens et, par association, avec les Juifs – et pas seulement les Juifs.

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Le drapeau italien flotte au-dessus du palais du Quirinal à Rome, en Italie, le 30 mai 2018
(photo Reuters/Tony Gentile).

Nous avons été choqués d’apprendre que Sabri Saidam, actuel secrétaire général adjoint du Comité central du Fatah et ancien ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur de l’Autorité palestinienne (AP) de 2015 à 2019, a été décoré de la prestigieuse médaille de « commandeur de l’ordre de l’Étoile d’Italie ».

Sa médaille lui a été décernée en octobre dernier par le consul général d’Italie à Jérusalem, mais le décret lui conférant cet honneur avait été signé par le président italien en mai 2018, sur la base de la décision du ministre des Affaires étrangères de l’époque.

Qu’est-ce qui a causé un délai de plus de trois ans entre le décret et la cérémonie officielle ? Plus important encore, sur quelle base l’Étoile d’Italie lui a-t-elle été octroyée ? Cet insigne récompense ceux qui méritent une reconnaissance particulière pour avoir encouragé des relations d’amitié et de collaboration entre l’Italie et d’autres pays.

Alors, quels seraient les mérites de Sabri Saidam ? Que Saidam ait exprimé sa gratitude et son amitié envers l’un des principaux pays donateurs au budget de l’AP – directement et par l’intermédiaire d’institutions internationales (UE, ONU, UNRWA1, etc.) – semblerait aller de soi.

En outre, on ne peut que spéculer sur la procédure d’évaluation de cette éligibilité : elle a probablement pris en compte une certaine forme d’assistance institutionnelle pour la création d’une école en langue italienne à Ramallah, ou pour le lancement du programme pédagogique prévu pour la période 2017-2022, visant à « améliorer la qualité, l’accessibilité et la durabilité du système palestinien d’éducation de la petite enfance » –programme soutenu matériellement par l’Italie.

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Des employés de l’UNRWA participent à un sit-in de protestation contre des mesures d’austérité qui,
selon eux, menacent leur organisation. Amman, Jordanie, le 8 novembre 2021 (photo Reuters/Jehad Shelbak).

Pourtant, depuis 2018, aucune information n’a précisé la mise en œuvre effective de ce programme dit « révolutionnaire ».

Au lieu de cela, jusqu’à présent, environ 40 % des petits Palestiniens ne vont pas à l’école primaire... un chiffre inquiétant, d’autant plus que les enfants sans éducation de base sont limités dans leur capacité à dialoguer ou à comprendre leur réalité environnante. Ils sont confrontés à des problèmes psychologiques et comportementaux, ils sont à la merci de manipulations et deviennent les proies faciles d’idéologies totalitaires et extrémistes, autant politiques que religieuses.

Il est inutile de répéter – comme le Centre Wiesenthal le fait depuis des décennies – auprès de l’Unesco, de l’ONU ou dans les institutions européennes, que le déficit éducatif des Palestiniens est un obstacle persistant à toute forme de dialogue avec leurs voisins israéliens et, par association, avec les Juifs – et pas seulement les Juifs.

La question évidente serait : pourquoi l’UNRWA n’a-t-il pas encore résolu cet immense déficit éducatif ? Cette agence des Nations unies, la plus ancienne et la plus longue dans la durée, a été spécifiquement créée en 1950 pour répondre à une « urgence palestinienne » dans le secteur de l’éducation. Elle y consacre la moitié de son budget et la grande majorité de son personnel. L’UNRWA révèle un piètre bilan si, pendant des décennies d’autres dysfonctionnements et de « complicités » avérés, on ajoute aussi son impuissance à fournir un service de base tel que l’éducation des tout jeunes enfants.

Pour en revenir à Sabri Saidam : qui est-il pour être digne de l’un des plus grands honneurs civils d’Italie ? Selon la très respectée organisation de surveillance des médias Palestinian Media Watch (PMW), cet ancien ministre de l’Éducation de l’AP n’a manqué d’éloge pour aucun des assassins de civils israéliens.

Dès qu’il a reçu l’honneur en question, Saidam l’aurait dédié « aux martyrs de Palestine... qui vivent sur terre et... qui sont sous terre ». L’allusion aux prisonniers ou aux terroristes morts n’aurait pas dû passer inaperçue.

PMW a demandé aux autorités italiennes d’« annuler sa médaille, car Saidam a déshonoré l’Ordre au moment où il l’a reçue, et il continue de le déshonorer si cette médaille demeure entre les mains d’un défenseur du terrorisme ».

D’ailleurs, selon les minutieuses recherches de PMW, l’ancien ministre de l’Éducation a un lourd passé à glorifier des assassins. Par exemple, il a baptisé une place en mémoire de Dalal al-Mughrabi, la meurtrière responsable du « massacre de la route côtière » de 1978 qui a fait 38 morts parmi les civils, dont 13 enfants. L’ONU l’a même reconnue comme terroriste pour cet acte.

Saidam est devenu un ardent porte-parole du discours antisémite de l’AP à la télévision et dans les manuels scolaires.

Le Centre Wiesenthal affirme que le fait de soutenir une « lutte armée », de préconiser des thèses antisémites et de glorifier des terroristes ne remplit pas les conditions de « mérite particulier dans la promotion des relations d’amitié et de collaboration entre l’Italie et d’autres pays ».

Un ancien consul général à Jérusalem aurait déclaré, trop honnêtement : « Si je ne rencontrais pas des personnes qui traitent avec des terroristes, je n’aurais pas de travail. »

Au mitan des années 1970, l’Italie a vécu une longue histoire de condescendance humiliante à la suite de détournements d’avions et d’attentats terroristes palestiniens.

On peut supposer que, cinquante ans plus tard, les choses ont changé, qu’il y a eu une évolution doctrinale et éthique, un consensus généralisé sur la « tolérance zéro envers le terrorisme ». Il serait donc opportun de faire preuve de prudence lorsqu’il s’agit d’affronter ou de décorer des individus qui promeuvent, justifient ou glorifient le terrorisme, afin qu’un jour l’Italie ne se retrouve pas appelée à rendre des comptes par des victimes de l’antisémitisme et d’autres formes de haine et de violence.

(1) UNRWA : Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East).

Shimon Samuels est le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal. Alex Uberti est chercheur et consultant auprès du Centre Simon Wiesenthal-Europe.