« Puissent les résultats du scrutin signifier que l’extrémisme dans l’arène politique est condamné, car entaché par l’utilisation de stéréotypes antisémites et de discours haineux. »

Paris et Rome, le 18 octobre 2021

Ces derniers mois ont vu une augmentation de la criminalité antisémite d’extrême droite et d’extrême gauche à travers toute l’Europe. L’extrême droite fait de la protestation bruyante du mouvement antivax et anti-passe sanitaire son cheval de bataille. Ce mouvement est d’autant plus virulent au cours les élections, notamment lors du scrutin municipal italien, qui s’est tenu en deux tours au cours de ces dernières semaines. Les extrémistes y ont fait monter les enchères, influençant et infiltrant autant que possible le camp conservateur.

Le cas de Rome est particulier. Enrico Michetti, le candidat de droite, avait banalisé l’Holocauste dans un discours radiodiffusé. Il y faisait clairement référence aux « lobbies [juifs] qui possèdent des banques ou sont capables de décider du destin de la planète ».

À la veille du premier tour des élections municipales, Michetti s’est trouvé acculé par ses propres propos antisémites. Il a présenté les excuses que voici  « J’ai utilisé des termes qui nourrissent encore, avec une impardonnable légèreté, les préjugés historiques d’aujourd’hui et les ignobles stéréotypes à l’encontre du peuple juif. » Le Centre Wiesenthal s’est chargé de surveiller l’élection.

Compte tenu du résultat du scrutin de Rome, du faible taux de participation et du choix d’une majorité qui semblait en avoir assez des stéréotypes antisémites populistes, nous espérons que le nouveau maire de centre gauche s’en tiendra aux questions municipales, dont l’une est de prendre des mesures contre la propagande haineuse.

Dans un éditorial publié dans le quotidien libéral-conservateur italien Il Foglio, le Centre Wiesenthal faisait le parallèle entre le détournement extrémiste de manifestations d’aujourd’hui et les événements d’il y a un siècle : l’instabilité de l’Allemagne de Weimar et la montée du fascisme en Italie et dans toute l’Europe continentale, qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale et à l’Holocauste.

Voir l’article en italien, co-écrit par Shimon Samuels et Alex Uberti :
https://www.ilfoglio.it/politica/2021/10/17/news/la-riesumazione-ciclica-dell-antisemtismo-3177512/

Cet article évoque le massacre des Fosses ardéatines de 1944 : 335 civils et prisonniers politiques italiens, dont 75 Juifs, y furent assassinés par les nazis, en représailles à l’attaque de la Résistance contre 33 soldats SS dans la Rome occupée.

En 1995, le Centre s’était impliqué dans cette affaire spécifique pour traduire en justice Erich Priebke – le commandant de l’unité de la Gestapo qui avait perpétré le massacre. Dans l’Italie d’après-guerre, ce dernier s’était enfui grâce à la filière nazie d’exfiltration, trouvant refuge à Bariloche, en Argentine.

Shimon Samuels, le directeur des Relations internationales du Centre, se souvient : « Après avoir obtenu son extradition, nous avons participé à un difficile procès qui dura deux ans. Priebke a d’abord été disculpé pour avoir simplement ‘‘suivi les ordres’’ – Hitler avait ordonné l’exécution de dix Italiens en représailles à chacun des trente-trois nazis tués. Le Centre avait accompagné les familles des martyrs et la communauté juive de Rome pour finalement obtenir une décision d’emprisonnement à vie, au motif que Priebke avait exécuté 335 personnes, soit ‘‘cinq innocents de trop !’’ »

Les médias italiens et l’opinion publique étaient avec nous.

Priebke est mort en 2013 à l’âge de cent ans. Il a survécu à la plupart des enfants des martyrs et a été enterré dans une tombe anonyme. C’est le meilleur exemple de l’aphorisme de Simon Wiesenthal : « La longévité n’est pas un motif d’impunité. »

Nous proposons de collaborer avec le nouveau maire de Rome pour mener une campagne basée sur le massacre des Fosses ardéatines comme étude de cas contre la haine.