Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Times of Israel
le 20 septembre 2021
https://blogs.timesofisrael.com/open-letter-to-french-president-macronjihadi-islamism-common-terror-factor/

Monsieur le Président,

L’histoire récente du terrorisme en France s’égrène depuis l’attentat à la bombe de la synagogue Copernic en 1980, le massacre perpétré dans le restaurant Goldenberg en 1982, l’exhumation d’un cadavre accroché à un parapluie au cimetière juif de Carpentras en 1990, la torture à mort d’Ilan Halimi en 2006, l’attaque d’une école juive de Toulouse en 2012, le meurtre d’otages au supermarché Hyper Cacher en 2015, le meurtre de Sarah Halimi en 2017 et de Mireille Knoll en 2018, sans compter d’innombrables autres victimes de l’antisémitisme.

Ajoutez à cela les cibles non juives du terrorisme, parmi lesquelles Charlie Hebdo, un prêtre poignardé à mort, le meurtre de policiers et de soldats en dehors de leur fonction, la décapitation d’un enseignant, le massacre à la voiture bélier de piétons à Nice et l’attentat terroriste de 2015 au Stade de France, dans des restaurants et cafés parisiens et au Bataclan, attentat dont le procès est en cours...

Que la victime soit de confession juive ou ciblée à l’aveugle, ses bourreaux sont pour la plupart des djihadistes islamistes. Mais ce dénominateur commun se morcèle dans le traitement juridique infligé aux terroristes.

Certains magistrats, qui ont peut-être été influencés par leurs professeurs de droit ayant participé au soulèvement de mai 1968, semblent incapables de croire que de jeunes musulmans défavorisés, victimes du racisme, puissent à leur tour devenir racistes. Certaines attaques contre des institutions juives ou des individus de confession juive ont été jugées avec indulgence, les juges minimisant les faits.

Au nombre des pires affaires jugées à ce jour, on distingue celle du meurtrier de Sarah Halimi. Il l’a tuée et jetée du haut de son balcon aux cris de Allahou Akbar. L’affaire a été classée sans suite car l’auteur des faits avait agi « sous l’influence de stupéfiants ».

À Toulouse se trouve le siège français du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions), qui stigmatise Israël. Mouvement jugé illégal mais jamais condamné... C’est dans cette même ville que Mohamed Merah, surgissant en scooter, a tué – entre autres victimes – un enseignant rabbin avec ses deux petits garçons. Puis il a tiré par les cheveux une fillette de 8 ans avant de l’abattre à bout portant.

Mon collègue, le rabbin Abraham Cooper, vice-doyen et directeur du département de l’action sociale globale du Centre, et moi-même avions rencontré les dirigeants musulmans pour trouver un terrain d’entente afin de désamorcer l’antisémitisme.

Hélas, la disculpation la semaine dernière d’un imam de la mosquée de Toulouse, qui avait appelé à tuer des Juifs au nom de Mahomet, est un sombre signal. Une fois de plus, la justice française a ouvert les portes à l’incitation à la haine et à la violence.

Monsieur le Président, vous avez annoncé la création d’un « islam français », respectueux de l’État de droit et de la diversité de la société de ce pays. Le temps est venu de lui donner naissance.

Avec mes respectueux hommages,

Shimon Samuels est le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal. Il a occupé les fonctions de directeur adjoint de l’Institut Leonard Davis sur les relations internationales de l’Université hébraïque de Jérusalem, directeur européen de la Ligue antidiffamation et directeur israélien de l’American Jewish Committee. Il est né au Royaume-Uni où il a fait ses études, ainsi qu’en Israël, aux États-Unis et au Japon.