Éditorial de Shimon Samuels et Alex Uberti publié en anglais dans The Jerusalem Post
le 1er septembre 2021

https://www.jpost.com/opinion/morocco-algeria-and-israel-on-peace-anniversary-opinion-678402

Le statut historique des Juifs d’Algérie et du Maroc constitue un contexte de poids qui affecte les accords d’Abraham : c’est un indicateur de l’attitude contemporaine de ces deux pays envers Israël.

1 September 2021
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, s’exprime lors d’une conférence
de presse à Rabat, au Maroc, le mois dernier (photo Youssef Boudlal/Reuters).

Le prochain anniversaire des accords d’Abraham célébrera un intérêt croissant pour les Juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Le statut historique des Juifs d’Algérie et du Maroc constitue un contexte de poids qui affecte les accords d’Abraham : c’est un indicateur de l’attitude contemporaine de ces deux pays envers Israël.

En 1870, le décret Crémieux accordait la citoyenneté française à l’ensemble de la communauté juive d’Algérie. Il avait pour ferme ambition d’acculturer et d’assimiler cette population. Les Juifs ont ainsi été libérés de leur statut de sujets « dhimmis », mais ce changement a provoqué un ressentiment et des pogroms de la part des Algériens musulmans « indigènes », ainsi que de nombreux colons français.

Bien que le sultan Mohammed IV ait publié en 1864 un dahir (décret) accordant aux Juifs du Maroc l’égalité des droits, ils sont restés victimes de harcèlement et de pogroms récurrents de la part des Arabes. Avec l’instauration du protectorat français en 1912, les Juifs marocains n’ont pas obtenu la citoyenneté française comme en Algérie, mais les communautés urbaines ont réussi à acquérir une certaine forme d’émancipation et ils ont maintenu une relation favorable avec les sultans successifs.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Algérie et le Maroc sont passés sous le contrôle du régime français de Vichy, qui collaborait avec l’Allemagne nazie. La protection de la communauté juive marocaine par le sultan Mohammed V, grand-père de l’actuel roi Mohammed VI, a marqué la différence.

En Algérie, alors qu’Israël a reconnu l’indépendance du pays en 1962, la réciproque ne s’est pas produite et une majorité de la communauté juive algérienne, vite rejetée, a fui en France. L’Algérie a envoyé un détachement d’avions et de troupes contre Israël pendant la guerre des Six Jours et la guerre de Kippour.

Après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de Juifs marocains sont partis en France, un plus grand nombre encore en Israël, mais la plupart ont quitté le Maroc en conservant une certaine révérence pour le roi du Maroc, qui les avait sauvés de la Shoah.

À ce jour, il y a moins de cent Juifs à Alger, Constantine et Oran, tandis que plus de deux mille Juifs vivent encore à Casablanca, Fès et Marrakech.

C’est ainsi que le terrain s’est trouvé fertile pour l’acceptation par le Maroc des accords d’Abraham, qui ont octroyé à Rabat un prix de haute valeur : la reconnaissance par les États-Unis de Trump de la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental, qui serait riche en pétrole et d’une importance stratégique – au grand dam d’Alger, qui soutient le Front Polisario local dans une guerre par procuration.

L’Algérie prétend maintenant qu’« Israël soutient la colonisation marocaine du Sahara occidental, telle une copie de ‘‘l’occupation juive de la Palestine’’ ».

On peut trouver des exemples de fake news sur le rôle d’Israël dans le conflit algéro-marocain dans les médias algériens, tels le quotidien en langue française Le Jeune Indépendant et Algérie Presse Service (APS).

Le premier est à l’origine du canular affirmant que les incendies de forêt qui ravageaient cet été toute l’Algérie avaient été provoqués par des « drones ennemis », à savoir des drones fabriqués par les États-Unis et « fournis par Israël au Maroc ». Engins qui ont ensuite été donnés au groupe kabyle anti-algérien MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) pour mettre le feu aux forêts algériennes.

Le correspondant du journal, au pseudonyme Mohamed K., identifie fallacieusement le petit octocoptère Tikad-17 (capable de transporter une arme à feu légère) comme un drone armé d’un lance-flammes. En fait, ce drone, trop petit, n’est pas adapté pour ce rôle.

Cette allégation a été reprise par les réseaux sociaux et même par certains organes de presse, sans se soucier de vérifier sa plausibilité.

En ce qui concerne l’article d’Algérie Presse Service (APS) sur « l’entité sioniste et la façon dont le Maroc sape les intérêts du Maghreb », il considère les accords d’Abraham comme rien de plus que des mesures de lobbying du Maroc pour consolider son contrôle sur le Sahara occidental – avec le soutien d’Israël et des États-Unis – et, de même, la campagne de « l’entité sioniste » comme un stratagème pour revenir à son statut d’observateur au sein de l’Union africaine – avec le soutien du Maroc et de certains États subsahariens.

L’Algérie, se posant comme « le défenseur des causes palestinienne et du Polisario », dénonce ce qu’elle qualifie de « collusion israélo-marocaine dans l’escalade des crises du Sahara occidental et de la Kabylie ». Il semble que les relations traditionnellement tendues entre l’Algérie et le Maroc soient maintenant complètement rompues. L’Organisation de la coopération islamique, la Ligue arabe et l’Arabie saoudite tentent de « résoudre » le différend.

En fait, l’Algérie sunnite, apparemment frustrée et pleine de mépris pour le processus de normalisation israélo-arabe, paraît prête à jouer un rôle de « médiateur alternatif » auprès de la Syrie, des Houthis et des Palestiniens ; elle semble aussi se rapprocher de l’Iran chiite. Aucune des parties prenantes des accords d’Abraham ne voit ce développement d’un bon œil.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, s’est récemment rendu au Maroc pour organiser l’ouverture d’ambassades et encourager des relations diplomatiques. Un an après leur début fondateur, que les accords d’Abraham se concrétisent et portent leurs fruits !

Shimon Samuels est le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal et Alex Uberti est consultant indépendant en études stratégiques.