Article de Shimon Samuels publié en anglais dans The Jerusalem Post
le 11 juillet 2021
https://www.jpost.com/opinion/the-cairo-book-fair-remains-rife-with-antisemitism-opinion-673539

En mai, dans l’esprit des accords d’Abraham, le Salon international du livre d’Abu Dhabi était parfaitement propre. Ce n’est pas le cas de l’Égypte.

11 July 2021
Le stand de la librairie El Shourouk expose des best-sellers de la haine à la Foire internationale
du livre du Caire 2021 (photo Centre Simon Wiesenthal).

Le Centre Simon Wiesenthal surveille chaque année les stands de sept salons du livre arabes pour y déceler toute incitation à la haine et à la violence. Nous adressons nos conclusions à la Foire du livre de Francfort, qui prend les mesures qui s’imposent pour bannir ceux qui contreviennent à leur contrat.

Le Covid-19 a entraîné la fermeture de certains salons arabes mais, jusqu’à l’année dernière, Abu Dhabi figurait au nombre des délinquants. En mai dernier, dans l’esprit des accords d’Abraham, ce salon du livre était parfaitement propre.

Ce n’est cependant pas le cas de l’Égypte, où la foire en cours accueille 1 218 éditeurs sur 756 stands représentant 25 pays, l’Espagne en tête, dont l’ambassadeur s’est récemment exprimé avec lyrisme sur la littérature hispano-arabe.

Au même moment, l’auteur égyptien Mansour Abdel Hakim signait sur le stand Dar Al Kitab Al Arabi (la Maison du livre arabe) le quatrième tome de sa série « Les grands secrets de la franc-maçonnerie – Le gouvernement mondial caché » (en anglais et en arabe). Ce livre rabaisse le lecteur en le plongeant dans diverses théories du complot et dans les croyances qu’elles promeuvent, dont celle qui proclame que les Juifs ont divisé le monde en deux : les maîtres et les esclaves.

Chaque année à Francfort, nous remettons un prix du Pire Délinquant. En 2019, il a été attribué à l’Iran pour ses livres destinés aux enfants de quatre à sept ans vantant la chahada, le martyre par suicide. Le deuxième prix était revenu à l’Égypte pour sa pléthore d’éditions douteuses.

Aujourd’hui, à la Foire internationale du livre du Caire 2021, la librairie El Shourouk est fière de présenter les livres haineux suivants parmi ses meilleures ventes :
Mein Kampf (le manifeste génocidaire d’Hitler)
Les Protocoles des Sages de Sion (le faux de la police secrète tsariste, revisité par le susmentionné Mansour Abdel Hakim)
Les Conspirations à travers l’Histoire (en particulier les conspirations juives contre l’islam)
La Théorie du chaos (comment les Juifs créent le chaos pour diviser les musulmans, ouvrage imprégné de l’accusation de meurtre rituel)
Des Pions sur l’échiquier (autre ouvrage sur les Juifs manipulateurs, traduit du livre du tristement célèbre antisémite William Guy Carr)
Révélation des complots juifs (sur les conspirations secrètes au sein du Talmud)
Satan, prince de ce monde (traduction d’une autre diatribe anti-juive de Guy Carr sur « les synagogues de Satan »)
Les Rothschild (argent + pouvoir = Juifs)
Le Pharaon des enjeux – La judaïsation de l’Histoire (sur la façon dont les Juifs déforment l’Histoire à leur profit)
Theodor Herzl, Satan du sionisme et diable de l’ère moderne (un autre livre violemment antisémite, au cas où des doutes subsistent).

Par le passé, nous avons fait remarquer à de nombreux ministres de la Culture arabes qu’ils avaient demandé le retrait de tout texte critiquant ou offensant l’islam. Nous exigions le même respect vis-à-vis du judaïsme.

Le Mur Al-Buraq, ouvrage potentiellement explosif de Jehad J. Al Ayesh, disponible en anglais et en arabe, porte le sous-titre Aperçu historique documenté et illustré. Il postule que, lorsque le prophète Mahomet a effectué son voyage nocturne aller-retour de La Mecque au Paradis, en passant par Al-Qods (Jérusalem), il a attaché sa monture, Buraq, au Mur occidental, ce qui en fait donc un lieu saint musulman.

Au nombre de ses chapitres : « Prier près du Mur est une nouvelle hérésie dans la religion des Juifs », « L’agression des Juifs pour judaïser le Mur et son enceinte », et « Le Mur est la porte d’entrée des Juifs pour attaquer la mosquée Al-Aqsa ». Ce livre affiche des revendications politiques sur le Mur occidental, afin de présenter les non-musulmans comme des intrus. Le Pont des Maghrébins, qui relie le Mur à Haram Al-Charif (le mont du Temple), fait partie de ces revendications. Paradoxalement, en ce qui concerne l’islam, Israël n’a jamais enlevé le panneau « Mur Al-Buraq », datant d’avant 1967 et indiquant la direction vers le Mur occidental.

Un an avant que la Turquie ne devienne l’invitée d’honneur de la Foire du livre de Francfort, le président de l’Association des éditeurs turcs m’avait confié que la vague annuelle de volumes judéophobes avait disparu, car ils avaient été placés sur les stands par des militants antiturcs, ce qui représentait à la fois la division géopolitique du monde musulman et la campagne contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Il avait expliqué que tous les livres turcs présents à cette foire porteraient un autocollant argenté pour attester qu’ils étaient « casher ».

Il a dit : « Peu importe qu’ils soient bons ou mauvais, nous n’autoriserons jamais de titres affichant quoi que ce soit sur les Juifs ou Israël. »

En 2019, les États-Unis ont démantelé leur stand à la Foire du livre du Caire sur la base de nos conclusions.

Cette année, nous nous sommes tournés vers la ministre égyptienne de la Culture, Inès Abdel Daïm, et son homologue espagnol, José Manuel Rodriguez Uribes, pour prendre des mesures, tout du moins contre l’éditeur Dar Al Kitab Al Arabi et son point de vente El Shourouk.

Nous avons également soutenu que ces éditeurs enfreignent la loi allemande et qu’ils n’ont pas leur place à la Foire du livre de Francfort, qui se tient en octobre.

Après une de nos présentations à la Commission Culture et Éducation du Parlement européen, voilà quelques années, un eurodéputé britannique a alerté du danger d’incitation à la haine occasionné par de tels livres – tant en arabe qu’en anglais – dont certains étaient utilisés dans les lycées. Quelques semaines plus tard, le Premier ministre de l’époque, David Cameron, annonçait des mesures pour bloquer leur importation.

Dans les pays arabes, les livres coûtent entre un et cinq dollars. Cette année, Dar Al Kitab Al Arabi a promis une livraison gratuite dans les trois jours. Ce serait une merveilleuse promotion de la lecture, si seulement la haine en était exclue.

Une chose est sûre : la Foire du livre du Caire et Dar Al Kitab Al Arabi ont été promus à notre statut de « prix du Pire Délinquant » 2021. Étrangement, le premier pays arabe à faire la paix avec Israël a maintenant besoin d’une formation sur les accords d’Abraham.