Paris, le 22 juin 2021

Cher Roger,

Je me rappelle la création de votre association de défense du peuple juif et de l’État d’Israël, Siona, et de notre collaboration dans les années 1980 pour lutter contre le terrorisme antisémite.

Il est ironique que vous, votre femme et votre fils soyez devenus les victimes de la violente haine anti-juive dans votre propre maison de Seine-Saint-Denis.

L’effraction dont vous avez été victimes en 2017 – trois agresseurs (et les six guetteurs postés à l’extérieur de votre domicile), brandissant couteau et tournevis, vous ont physiquement attaqués, vous, âgé de 84 ans, votre femme Mireille, 74 ans, ainsi que votre fils – révèle qu’il n’y a pas de limite d’âge à la haine.

Ils ont crié : « Vous les Juifs, vous avez de l’argent, nous nous n’avons rien… Vous les Juifs, vous êtes les gâtés de la terre... On va vous tuer. » Ils vous ont menacés de viol et de meurtre, vous ont administré des coups de pied au thorax et à la tête. Les accusés ont revendiqué une « erreur d’identité », mais leurs ADN, des empreintes et la vidéosurveillance prouvent le contraire.

Ce cauchemar vous hante, alors que les avocats de la défense affirment sans vergogne que l’agression « n’était pas antisémite ». Cet argument réduirait leur peine « pour crimes fondés sur la haine », laissant à leurs auteurs le droit à la libération conditionnelle anticipée et la voie libre pour réitérer leur violence antijuive. En outre, ces agresseurs deviendraient des « héros » dans leurs quartiers, encourageant des attaques similaires.

Les magistrats qui accordent leur indulgence à de soi-disant « victimes de la pauvreté et du racisme » ou qui se conforment à la fausse logique de « disculpation au motif d’influence de narcotiques ou d’alcool » semblent cautionner les affirmations selon lesquelles « les Juifs ont de l’argent » et sont « les gâtés de la terre » et juger ces crimes comme n’étant pas antisémites. Si cette logique devait prévaloir dans ce procès, ce serait pour la jurisprudence française un nouveau pas, des plus dangereux, vers l’abîme.

Roger, soyez fort et triomphant !

Avec toute ma solidarité,

Shimon

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Dr Shimon Samuels
Directeur des Relations internationales
Centre Simon Wiesenthal

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« Il n’y a pas de liberté sans justice. » (Simon Wiesenthal, 1908-2005)