Paris, le 15 mai 2021

Dans une lettre adressée au président de l’Islande, Guðni Thorlacius Jóhannesson, le directeur des Relations internationales du Centre Wiesenthal, Shimon Samuels, s’indignait de « la vague d’antisémitisme affichée hier dans l’un des journaux et sites les plus lus d’Islande, Visir ».

Voici pour l’essentiel les messages inacceptables publiés sur leur site :

- « Les nazis n’avaient pas de meilleurs élèves que les Israéliens. Il ne manque que les fours à gaz... »

- « Les nazis ont utilisé les mêmes méthodes que les Juifs utilisent maintenant. Gardez les gens dans des ghettos pour les tuer plus tard... »

- « La question est de savoir qui est pire, les nazis ou les Israéliens. C’est la triste réalité... »

- « Beaucoup de Juifs riches sont influents dans la politique américaine et c’est pourquoi les États-Unis soutiennent Israël. »

- « Ces abjects rats sionistes doivent être punis pour génocide devant les tribunaux internationaux. Mais nous savons que cela n’arrivera pas. »

- « Les Israéliens appellent cela ‘‘tondre la pelouse’’ et c’est fait au printemps. Tuez autant de jeunes Palestiniens et d’adolescents pour éradiquer d’éventuels membres du Hamas. »

15 May 2021

La lettre ajoutait : « Monsieur le Président, ce n’est pas la première fois que nous signalons la haine des Juifs aux dirigeants politiques islandais. En voici quelques exemples :

- En 2020, nous avons écrit à la Première ministre, Katrín Jakobsdóttir, dénonçant des affiches néo-nazies du Mouvement de résistance nordique (MRN). Ces affiches, placardées à Yom Kippour, accusaient les Juifs de ‘‘cruauté envers les animaux, misogynie, agressions sexuelles et pédophilie’’.

- Cette même année, nous avons protesté contre les éditeurs de livres islandais qui avaient autorisé la publication de The Hoax of the Twentieth Century: The Case Against the Presumed Extermination of European Jewry par Arthur Butz, un vicieux antisémite.

- En 2019, nous avons demandé à Eurovision de disqualifier le groupe pop islandais Hatari (‘‘haine’’ en français), dont l’incitation à la haine antisémite contrevient à l’esprit et au règlement du Concours de la chanson.

- En 2015, nous avons émis un ‘‘avis aux voyageurs’’ se rendant à Reykjavik, après que son conseil municipal a voté le boycott d’Israël. »

M. Samuels indiquait que « nous comprenons la fierté de l’Islande pour la liberté d’expression, mais l’incitation à la haine et à la violence ne correspond pas à cette valeur. Au contraire, elle porte atteinte à la liberté et à la sécurité de tous ».

Le Centre affirmait que, « bien que l’Althing islandais, l’un des premiers parlements de l’Histoire, ait adopté une législation contre la propagande haineuse, il ne semble hélas pas vouloir la mettre en application ».

« Monsieur le Président, notre Centre vous propose un antidote : l’adoption par l’Islande de la Définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste). C’est un outil déjà utilisé par des nations (y compris l’UE et les pays scandinaves), des municipalités, des clubs sportifs, des médias, des universités, etc. »

La lettre rappelait : « En outre, en 2000, l’Islande s’était engagée, à la conférence de Stockholm, à instaurer un programme d’enseignement de l’Holocauste. Programme qui n’aurait jamais été mis en œuvre, entraînant ainsi la propagation d’expressions de négationnisme – comme celles publiées sur Visir... Nous vous prions instamment de prendre des mesures pour que tous les médias islandais surveillent et éliminent sur-le-champ de telles incitations à la haine. »

« Nous vous exhortons également, Monsieur le Président, à purger l’Islande de tout antisémitisme, dans l’esprit de feu notre mentor, Simon Wiesenthal, qui vous alerterait : « Ce qui commence avec les Juifs ne finit jamais avec eux ! », concluait Shimon Samuels.

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« Pour que le mal se propage, il suffit que les hommes bons ne fassent rien. » (Simon Wiesenthal, 1908-2005)