Le 25 avril 2021

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Le rassemblement devant l’ambassade de France.

En 1980, je suis venu à Paris avec le grandiose objectif de juguler l’antisémitisme. Je n’avais pas mesuré l’ampleur de la tâche.

Le 3 octobre de cette année-là, c’était la veille de Souccot (la fête des Tabernacles), je rendais visite à une journaliste israélienne, Tamar Golan. Elle accueillait chez elle Aliza Shagrir, l’épouse de feu le cinéaste Micha Shagrir. Aliza venait d’arriver d’Israël. Elle a demandé à son hôtesse si elle avait besoin de quelque chose pour le dîner. Tamar a suggéré quelques dattes, qu’elle pouvait se procurer chez un marchand de fruits à 300 mètres de là, en face de la synagogue Copernic. Nous sommes descendus dans la rue ensemble. Aliza a tourné rue Copernic, moi j’ai continué mon chemin tout droit. J’ai senti la déflagration de la bombe qui a tué Aliza.

Le lendemain, le Premier ministre Raymond Barre avait déclaré : « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. » En fait, l’une des victimes était un concierge portugais, une autre un fidèle de la synagogue, la troisième Aliza, la dernière un « Français innocent ».

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Shimon Samuels s’adressant aux nombreux manifestants.

L’attaque terroriste de la synagogue Copernic a marqué le début de soixante-treize fusillades et attentats à la bombe contre des cibles juives en Europe occidentale, dont vingt-neuf en France.

Cette vague de violence s’est achevée avec le massacre du restaurant Goldenberg, rue des Rosiers à Paris. Deux des trois meurtriers vivent depuis en Cisjordanie, le troisième en Norvège. Le Centre Wiesenthal avait demandé à la Première ministre de Norvège, Erna Solberg, l’extradition de ce dernier vers Paris pour qu’il y soit jugé. À l’heure actuelle, nous ne sommes pas sûrs de l’état d’avancement du processus judiciaire.

Pourquoi cette vague de terreur s’est-elle achevée en 1982 ?

En août de cette année-là, l’incursion d’Israël dans le sud du Liban pour détruire les camps d’entraînement des terroristes palestiniens a fait fuir les terroristes venus d’Europe, qui sont retournés chez eux. Comme ils avaient besoin d’argent, ils ont arrêté de cibler des Juifs pour s’attaquer à des banques et à des ambassades. Les autorités les ont réprimés. En France Action directe, en Italie les Brigades rouges et en Allemagne la bande à Baader ont été incarcérés.

Comme l’aurait dit Simon Wiesenthal, « Ce qui commence avec les Juifs ne finit jamais avec eux ».

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Shimon Samuels interviewé par la télévision israélienne i24news.

En novembre 2010, j’étais parti à Ottawa pour assister à la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme. Un suspect de l’attentat de Copernic, Hassan Diab, professeur de sociologie à l’université Carleton, se trouvait en procédure judiciaire à quelque six pâtés de maisons de là, pour une demande d’extradition qui devait le renvoyer à Paris. Le tribunal était rempli, principalement de femmes en hijabs et d’hommes en keffiehs... L’ambiance était plus celle d’un procès contre Israël.

Nous avons suivi cette longue procédure – qui, entre démocraties, dure normalement quelques semaines –, jusqu’à ce que Diab soit ramené en France, en 2014... En 2018, il a été remis en liberté : la Cour française a rejeté toutes les accusations, malgré une procédure d’appel.

Son passeport aurait été confisqué et il faisait l’objet d’une ordonnance d’interdiction de vol. Pourtant, sa disparition a pris fin lorsque des photos de lui avec sa famille à Ottawa ont été divulguées. Ceux qui devaient être au courant de son évasion, lorsqu’ils ont été approchés par notre Centre, se sont refusés à tout commentaire.

Résultat : après quarante et un ans d’attente, les familles des victimes et les blessés de Copernic ne peuvent toujours pas faire leur deuil. « Justice différée équivaut clairement à justice refusée. »

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Shimon Samuels et Graciela Vaserman-Samuels rencontrent l’ambassadeur de France,
Éric Danon, après la manifestation.

La jurisprudence israélienne prévoit la « juridiction universelle ». Cette procédure n’a été utilisée qu’une seule fois : en 1961, pour le procès Eichmann.

Dans les procédures où la violence antisémite est traitée de manière inadéquate – comme c’est le cas dans l’affaire Sarah Halimi –, nous étudions la possibilité que l’État d’Israël demande l’extradition des prévenus pour que les procès se déroulent à Jérusalem.

Cela pourrait être le début d’un nouveau mouvement : « Jewish Lives Matter » (JLM), « Les vies juives comptent ».

Merci.

Shimon Samuels