Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Jerusalem Post

le 4 juin 2019
https://www.jpost.com/Opinion/75th-D-Day-anniversary-A-Jewish-perspective-591594

En juin 1940, cette même plage avait été le théâtre de l’opération Dynamo : l’évacuation de 338 226 soldats britanniques et français coupés du reste de l’armée et encerclés par les troupes allemandes à la bataille de Dunkerque.

4 June 2019
Hommes sauvés de Dunkerque (photo Archives du Jerusalem Post).

Étant né à Londres une semaine après la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, j’ai été élevé dans le plus grand respect pour le pouvoir de l’eau : la Manche, avec ses 40 km de large, a sauvé la Grande-Bretagne de l’invasion allemande – ainsi que les 330 000 Juifs britanniques inscrits en janvier 1942 sur la liste du Protocole de Wannsee parmi les onze millions de Juifs que les nazis avaient destinés à l’extermination.

En juin 1940, cette même étendue d’eau avait été le théâtre de l’opération Dynamo : l’évacuation de 338 226 soldats britanniques et français coupés du reste de l’armée et encerclés par les troupes allemandes à la bataille de Dunkerque. Churchill, dans son discours du 4 juin, déclarait : « Nous nous battrons sur les plages. » Il y décrivait Dunkerque comme « un miracle de délivrance ».

L’opération Overlord, le 6 juin 1944, lui donna raison, lorsque plus de 160 000 troupes alliées débarquèrent sur les plages de Normandie, jour connu, en anglais, sous le nom de D-Day. Mais, d’un point de vue juif, D-Day arriva trop tard !

Ce fut la bataille de Stalingrad, qui fit rage entre août 1942 et février 1943, suivie par l’avance sur le front de l’Est de l’Armée rouge – à laquelle participèrent plus de cinq cent mille volontaires, recrues et partisans de confession juive – qui mit fin au projet d’Hitler d’envahir la Grande-Bretagne.

D-Day n’empêcha pas la déportation de 430 000 Juifs hongrois, qui périrent dans les chambres à gaz d’Auschwitz sur une période de dix semaines, entre mai et juillet 1944.

En fait, les préparatifs du Débarquement servirent de prétexte pour ne pas affecter de ressources au bombardement des voies ferrées, pourtant connues, qui menaient à Auschwitz.

Sur les 40 km de la ligne de défense, l’échec le plus retentissant furent les douze résidents juifs des îles Anglo-Normandes déportés et exterminés par les Allemands depuis le seul territoire britannique occupé par les nazis. La collaboration des administrateurs de ces îles déclencha d’effrayants scénarios pour l’avenir des Juifs britanniques dans l’éventualité où Londres succomberait.

Le 27 janvier 2020 – curieusement à la date de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, instaurée par les Nations unies –, nous marquerons le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz par l’Armée rouge soviétique. Libération qui aura mené, trois ans plus tard, en 1948, à la Guerre froide – le début d’une longue peine d’emprisonnement pour les Juifs soviétiques – et à la création de l’Etat d’Israël.

D’une impuissance totale au retour à notre souveraineté, nous rendons hommage à ceux qui jalonnent notre parcours : nous commémorons nos libérateurs – notamment les héros du Débarquement.

L’auteur de ces lignes est le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal.