« L’exportation de bouteilles de vin commémorant le nazisme doit être surveillée et pénalisée. » 

Paris, le 26 septembre 2019 

 Dans une lettre adressée à la coordinatrice de l’Union européenne pour la lutte contre l’antisémitisme, Katharina von Schnurbein, le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal (CSW), Shimon Samuels, et le président de la Coalition européenne des villes contre le racisme (Eccar), Benedetto Zacchiroli, attiraient son attention sur le fait que l’Italie et son industrie vinicole soient « pourvoyeurs de vin qui incite à la haine ».

Le Centre Wiesenthal et l’Eccar travaillent main dans la main pour lutter contre l’antisémitisme et toute forme de discrimination à travers l’Europe. 

En 1995, M. Samuels avait déjà protesté, au nom du CSW-Europe, contre la production italienne de vin dénommé Führerwein. Pendant une courte période – suite à l'indignation provoquée par le procès Priebke –, ces bouteilles avaient ainsi disparu des rayons. 

La lettre cosignée indiquait que « le vignoble de la famille Lunardelli, en Vénétie, produit chaque année cent mille bouteilles commercialisées sous l’appellation ‘‘La ligne historique’’. La plupart de ces bouteilles sont étiquetées à l’effigie d’Hitler, de Mussolini et d’autres dictateurs… En 2007, vingt mille bouteilles Lunardelli avaient été confisquées par la police, avant d’être remises en vente à la suite d’un jugement du tribunal de Bolzano ».

M. Samuels rappelait qu’« en 2013, le Centre Wiesenthal avait encore protesté contre la vente de ces odieuses bouteilles ». Voir (en anglais) :
https://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/italy/10236043/Wiesenthal-Centre-calls-for-boycott-of-Hitler-wine.html

L’Eccar et le Centre signalaient en outre qu’« en 2017, un projet de loi intitulé Legge Fiano avait été présenté au Parlement italien ‘‘pour pénaliser tout contenu ou image exposant des idéologies ou des partis fascistes, nazis ou à caractère anti-démocratique’’. Cette loi devait être introduite dans le code pénal sous l’article 293 bis. La peine encourue devait être de six à vingt-quatre mois d’emprisonnement… Cette loi a été adoptée par la Chambre basse (Camera dei Deputati) mais non ratifiée par le Sénat, du fait de la dissolution du corps législatif (le système italien veut que tout projet de loi qui n’a pas été adopté par les deux assemblées soit abandonné) ».

C’est ainsi que l’Italie demeure le plus grand vendeur de gâteaux à l’effigie d’Hitler (sujet révélé par le Centre Wiesenthal), de bouteilles de vin et de bière, porte-clés, calendriers et autres articles commémoratifs du nazisme et du fascisme.

26 Sept. 2019
[Voir aussi cette vidéo inquiétante :
https://video.ilgazzettino.it/societa/bottiglie_hitler_jesolo_supermarket-4734039.html]

Le Centre ajoutait que « cet été, nos membres ont signalé et photographié des étiquettes de bouteilles affichant Sieg Heil et Ein Volk, ein Reich, ein Führer dans des supermarchés de Lido di Jesolo (Venise) et jusqu’à Foggia (Puglia), dans le sud du pays. Vendues 5,90 euros l’unité, elles intéressaient sans doute plus pour leur étiquette que pour la qualité de leur vin. 

La lettre se poursuivait en ces termes : « Nous prions instamment l’Italie de prendre au sérieux cet abus de son image et de son industrie vinicole, qui la propulse au rang de ‘‘pays d’Europe qui incite à la haine en vendant son vin’’. » 

Selon MM. Samuels et Zacchiroli, « le modèle qui devrait servir d'inspiration est celui des Allemands : le Strafgesetzbuch 8ba (article 8ba du code pénal) interdit l’usage de symboles associés au parti nazi… A titre d’exemple, un propriétaire de pub allemand a été condamné à trois ans de prison pour avoir déposé quatre bouteilles à l’effigie d’Adolf Hitler sur le comptoir de son bar ». 

La lettre demandait instamment à Mme Schnurbein « de présenter cette affaire devant les organismes européens compétents et de s’assurer que des mesures immédiates soient prises par l’Italie ».  

« Il n’existe peut-être pas encore de sanctions légales contre un Etat qui vend de la haine. Mais l’exportation de cette haine en Allemagne et en France – où une législation existe bel et bien – ainsi que dans toute l’Union européenne doit être surveillée et pénalisée », concluait M. Samuels.