Éditorial de Shimon Samuels publié en anglais dans The Jerusalem Post
le 16 août 2019
https://www.jpost.com/Opinion/Did-French-Caribbean-serve-as-Palestinian-terrorists-arms-route-598783

Le 9 août a marqué le 37e anniversaire de l’attentat de la rue des Rosiers - connu aussi comme le massacre du restaurant Goldenberg - dans le quartier juif de Paris. Bilan : six morts et vingt-deux blessés. L’attaque a été perpétrée par la tristement célèbre Organisation Abou Nidal, nom le plus courant du Fatah-Conseil Révolutionnaire, groupe palestinien nationaliste militant.

L’attentat de la rue des Rosiers fut le dernier d’une série de soixante-treize attaques par balles et par bombes en Europe occidentale, le premier étant survenu à la synagogue de la rue Copernic, à Paris. L’auteur de ces lignes accompagnait Aliza Shagrir, une Israélienne en visite à Paris, jusqu’au coin de la rue Copernic. Je poursuivais mon chemin alors qu’elle arrivait sur le lieu de sa mort. Le Premier ministre de l’époque, Raymond Barre, avait qualifié l’attentat d’« odieux, qui voulait frapper des Israélites et qui a frappé des Français innocents ». Les victimes furent un chauffeur espagnol, un concierge portugais, Aliza et « un Français innocent » qui passait là en moto. Quarante-six personnes furent en outre blessées, dont de nombreux fidèles à l’intérieur de la synagogue.

Le président Giscard d’Estaing avait déclaré avoir perdu sa réélection à rue Copernic, car il avait refusé de revenir à Paris d’un week-end de chasse.

Le suspect de Copernic fut identifié au Canada et extradé vers la France pour y être jugé. Après deux années de détention et malgré des procédures d’appel toujours en cours, il a réussi à s'envoler à Ottawa.

Quant à l’attentat de la rue des Rosiers, on y identifia trois suspects : l’un à Amman, un deuxième en Norvège, un troisième à Ramallah. Les juridictions en question refusent toutes l’extradition.

L’incursion israélienne d’août 1982 au Sud-Liban, en réponse à plusieurs attaques terroristes dont l’explosion d’un autobus sur la côte, a permis de mettre au jour des camps d’entraînement palestiniens utilisés par des groupes terroristes européens. Dans l’un de ces camps, Action directe, groupuscule français d’extrême gauche, se serait plaint de la présence de la Fédération d’action nationale et européenne (FANE), un groupe d’extrême droite fondé par le néo-nazi Mark Frederiksen. Tous se sont échappés en Europe, où ils ont cessé de cibler les Juifs. En lieu et place, par besoin d’argent, ils ont commencé à attaquer des banques, puis également des personnalités du monde des affaires et de la politique, ainsi que des ambassades et des bases militaires. Les gouvernements ont pris des mesures afin de neutraliser ces groupes, parmi lesquels Action directe en France, la Fraction armée rouge en Allemagne et les Brigades rouges en Italie.

Et voici que le quotidien Le Parisien du 8 août dernier publie une révélation scandaleuse : après l’attentat de la rue des Rosiers, l’ancien patron du renseignement français avait négocié un accord avec les terroristes palestiniens, et sans doute avec le plus brutal, Abou Nidal, le responsable de la tuerie en personne. Sa liberté de mouvement en France aurait été échangée contre un moratoire sur les attentats sur le sol français.

Le scoop du Parisien a aussi fait resurgir un sujet connexe, étroitement lié. Après notre condamnation publique de l’atrocité de la rue des Rosiers, j’ai reçu un appel d’un pilote commercial. Nous nous sommes rencontrés. Il m’a décrit comment les armes palestiniennes parvenaient en Europe.

Il affirmait que le matériel était assemblé au large de la côte du Venezuela, sur l’île Margarita – aujourd’hui zone de libre-échange contrôlée par le Hezbollah, avec une présence de plus en plus importante du Hamas et d’Al-Qaïda, sans compter les fugitifs de l’EI absorbés dans une communauté arabe de quelque douze mille personnes. Margarita figurait dans un rapport d’Alberto Nisman, le procureur argentin assassiné, dans le cadre de ce qu’on appelle maintenant « l’Arabie latine », une région qui couvre le Suriname, le Venezuela, la Bolivie, le Chili, la Triple frontière qui sépare l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, et Trinité-et-Tobago.

Les armes seraient acheminées par bateau vers les îles françaises de Guadeloupe ou de Martinique, qui abritent elles aussi des communautés libanaises, syriennes et palestiniennes, en particulier ceux qui ont fui la guerre civile au Liban dans les années 1970 et 1980.

« En partance de ces territoires français, les vols considérés comme domestiques peuvent facilement atterrir à Paris sans passer les contrôles de sécurité ou de douane », affirmait le pilote.

A l’époque, nous avions fait appel à l’Élysée, où l’on nous avait assurés que le président François Mitterrand lui-même ignorait totalement cet accord.

Quelques jours plus tard, nous avons appris que le « délégué général de Palestine » d’alors (aussi appelé « ambassadeur de Palestine ») en France, Ibrahim Souss – renommé en tant que pianiste virtuose plutôt que comme agent de la terreur –, avait été convoqué au Quai d’Orsay, prétendument pour s’entretenir de la question du « trafic » dans les îles.

Si les informations du Parisien et de notre source, le pilote, s’avèrent exactes, les armes qui transitent pour Abou Nidal depuis les Antilles françaises vers l’Europe auraient servi dans les attentats subséquents de son organisation terroriste, attentats qui ont fait au moins quatre cents morts et beaucoup de blessés :

- le 23 novembre 1985, le détournement du vol 648 d’Egyptair à Malte et sa conséquente prise d'assaut – 58 morts ;

- le 27 décembre 1985, des fusillades simultanées aux comptoirs El Al des aéroports de Rome et de Vienne – 20 morts et 138 blessés ;

- le 5 septembre 1986, le détournement du vol Pan Am 73 – 20 morts et 120 blessés ;

- le 6 septembre 1986, l’attentat contre la synagogue Neve Shalom d’Istanbul – 22 morts ;

- le 11 juillet 1988, l’attentat sur un navire de croisière grec –10 morts et 98 blessés ;

- le 21 décembre 1988, l’explosion du vol Pan Am 103 au-dessus de Lockerbie, Écosse, revendiqué par Abou Nidal entre autres suspects – 270 morts.

Nous saluons Le Parisien et espérons que son investigation inclura aussi l’itinéraire suivi par ce trafic d’armes, avec un appel aux autorités françaises compétentes afin qu’elles prennent des mesures punitives contre de tels accords délétères. Ce serait un geste commémoratif envers les victimes et leurs familles.

Shimon Samuels est le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal.