« Il aura fallu qu’un scandale bancaire éclate autour de l’Holocauste pour que les comptes suisses de Mobutu soient gelés… Sur la base de ce précédent, l’association britannique des avocats a demandé des réparations pour l’esclavage colonial. »

Paris, le 5 avril 2019

Dans une lettre adressée au ministre britannique de l’Intérieur, Sajid Javid, le directeur des Relations internationales du Centre Wiesenthal, Shimon Samuels, lui faisait part de sa satisfaction à l’annonce de l’indemnisation, tant attendue, des personnes qu’on appelle ‘’les familles déportées du Windrush’’.

5 April 2019 1Photos coventrytelgraph.net

Dans les années 1990, Le Centre avait déjà considéré que les restitutions ne devaient pas se limiter aux requérants juifs de l’Holocauste.

Le Centre avait alors été sollicité par d’anciens travailleurs forcés : des Sintis et des Roms, des homosexuels, et même des représentants des gouvernements hongrois, italien, espagnol et turc, dont l’or avait été volé par les nazis.

M. Samuels soutenait que « la jurisprudence a évolué du fait des problèmes liés au pillage sous l’Holocauste d’œuvres d’art, de comptes bancaires et de biens immobiliers… Un analyste financier avait constaté que, ‘‘quand Kabila a marché sur Kinshasa, il a fallu qu’un scandale bancaire éclate autour de l’Holocauste pour que les comptes suisses de Mobutu soient gelés’’ ».

La lettre se poursuivait en ces termes : « Sur la base de ce précédent, l’association britannique des avocats noirs nous avait consultés en 1998 pour savoir comment demander réparation pour l’esclavage colonial. »

M. Samuels expliquait que, « bien qu’il se soit essentiellement agi d’esclaves africains, il a été fait mention des milliers de Caribéens transportés par bateau en Angleterre sur le Windrush en tant que main-d’œuvre bon marché, entre 1948 et 1971. Les promesses qu’on leur avait faites d’obtenir des passeports britanniques n’ont pas été honorées, ceux qui avaient reçu un passeport et un permis de travail se les ont vus annulés et, finalement, après avoir passé des années sur le sol britannique, ils ont été déportés ‘‘chez eux’’ ! – pour la plupart en Jamaïque ».

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Photos keepthefaith.co.uk et Steve Eason/Flickr.com

On a appelé cette affaire « le scandale Windrush » et ses victimes « la génération Windrush ».

Le Centre Wiesenthal estimait que, « d’une certaine manière, malgré l’agonie du Brexit, cette loi de compensation représente une première étape importante ». Les indemnités s’élèveraient à une somme totale de 200 000 livres sterling (230 000 euros)…

Le ministre de l’Intérieur a indiqué que, « pour faire droit aux demandes, cette somme pourrait bien être multipliée par trois ».

M. Samuels soulignait que « notre expérience avec les requérants de l’Holocauste nous a appris que chaque cas devait être traité séparément, avec tout le respect dû à ceux à venir ».

« Il y a deux semaines, alors que je sortais d’une conférence sur l’antisémitisme à Bloomington (Indiana, Etats-Unis), le chauffeur de taxi qui m’amenait à l’aéroport m’a parlé d’un de ses parents qui avait été amené quand il était enfant en Angleterre. Quand il eut atteint ses 80 ans, il fut renvoyé en Jamaïque, où il n’avait ni famille, ni amis, ni vraiment d’affinités. Ses descendants en Angleterre attendent maintenant qu’il y revienne. »

Le Centre Wiesenthal a proposé « d’apporter son expertise au programme qui, nous l’espérons, rendra une justice trop longtemps retardée aux générations Windrush… »

« Mon chauffeur de taxi ignorait totalement cette résolution du gouvernement britannique… Lui aussi ira en Angleterre pour rendre visite à ces enfants prodigues », concluait M. Samuels.