« La République dominicaine et Sosúa furent de rares lumières dans les ténèbres…
« C’est le contrepoids du comportement honteux de Cuba qui rejeta les visas d’entrée émis pour les Juifs par ses propres consuls…
« Ce sont des leçons à tirer pour les politiques d’immigration d’aujourd’hui... »

Genève et Évian-les-Bains, le 9 novembre 2018

En 1938, Franklin Delano Roosevelt, président des États-Unis, lança un appel pour organiser une conférence sur le sort des réfugiés juifs fuyant l’Allemagne nazie. Elle devait se tenir à la Société des Nations, à Genève, la ville de la diplomatie.

La Suisse refusa d’accueillir la réunion en raison de sa politique de neutralité. On la déplaça donc de l’autre côté du lac, dans la station thermale française d’Évian-les-Bains.

Le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, Shimon Samuels, soutient qu’« Évian fut le feu vert donné à Hitler pour commettre un génocide ».

L’inauguration d’une plaque « Kristallnacht », vendredi à Évian, jour anniversaire de ce pogrom, présente la conférence de 1938 comme « une leçon pour le monde entier ».

M. Samuels a mis en lumière « la proposition de la République dominicaine d’accueillir cent mille réfugiés juifs pour autant qu’ils soient célibataires et agriculteurs. Il n’y avait pas beaucoup d’agriculteurs juifs en Allemagne, mais quelque cinq mille d’entre eux sont allés en bateau sur cette île des Caraïbes. Ils y ont créé une petite ville, Sosúa. Des Juifs y vivent toujours et deux d’entre eux étaient présents à Évian vendredi [à l’inauguration de la plaque] » (extrait du site suisse d’information Le Temps : <https://www.letemps.ch/monde/illuminer-synagogues-mieux-conjurer-lobscurantisme>).

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À gauche : la plaque commémorant la conférence d’Évian en 1938. À droite : Shimon Samuels avec Hugh Baver.

En coopération avec Hugh Elihu Baver, le père de la campagne Sosúa/Évian, et Marc Figueiredo, le directeur de l’Hôtel Royal – hôtel qui accueillit en 1938 la conférence d’Évian –, M. Samuels avait planifié une conférence de presse au centre de presse des Nations unies de Genève pour marquer le 80e anniversaire de la conférence d’Évian, ainsi que la commémoration de Kristallnacht (la nuit de Cristal), qui vit mille cinq cents synagogues incendiées, des milliers de magasins juifs saccagés et leurs vitrines brisées. Trente mille Juifs y furent rassemblés à cette occasion et envoyés dans des camps de concentration en Allemagne et en Autriche.

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De gauche à droite : Shimon Samuels, Hugh Baver et Marc Figueiredo aux Nations unies, à Genève.

La plaque a été apposée dans la salle de bal de l’hôtel, dans le hall même où, jadis, trente et une délégations avaient expliqué pourquoi elles ne pouvaient pas recevoir de ressortissants juifs.

La représentante de la République dominicaine – le seul pays qui avait ouvert ses portes aux Juifs en 1938 –, Gabriela Santoni, a annoncé aujourd’hui l’intention de son président de demander l’inscription de Sosúa sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, conformément à la volonté de M. Samuels. Ce dernier avait visité ce village juif en 1971 et en avait signalé la singularité.

« Sosúa fut l’une des rares lumières dans les ténèbres de l’Holocauste qui allait survenir. C’est le contrepoids du comportement honteux de Cuba, l’île voisine, qui refusa l’entrée à La Havane du SS St. Louis transportant plus de sept cents passagers juifs, pourtant munis de visas d’entrée. Le navire fut contraint de retourner en Allemagne. Il avait tenté d’accoster aux Caraïbes, en Amérique centrale, au Canada et aux Etats-Unis, en vain. Le capitaine avait obtenu que l’Angleterre, la France, les Pays-Bas et la Belgique prennent moins de deux cents passagers chacun. Seuls ceux qui avaient atteint l’Angleterre ont survécu à la guerre », relatait M. Samuels.

« Alors que Genève et Evian ont été les précurseurs de l’Holocauste, la République dominicaine, avec sa population juive fière de sa contribution à son pays hôte – le développement de l’industrie de Sosúa – sert de modèle pour les politiques d’immigration qui doivent faire face aux réfugiés d’aujourd’hui », concluait-il.